Dialogue intrreligieux à Genève par Mustapha Habes PDF Imprimer Envoyer

Colloque international à Genève

Chrétiens et Musulmans pour « construire un avenir commun ».

 

 

En marge de la semaine des religions en Suisse (31/10 au7/11/2010), d'éminents responsables musulmans et chrétiens, ainsi que des spécialistes du dialogue interreligieux et des universitaires de renom représentant diverses organisations islamiques et chrétiennes, se sont réunis du 1er au 4 novembre au Centre œcuménique de Genève pour un colloque international sur les préoccupations des chrétiens et des musulmans.

 

Ce colloque, planifié et financé conjointement par des représentants chrétiens et musulmans, a été organisé par le Conseil œcuménique des Eglises, l'Association mondiale de l'appel islamique, l'Institut royal Aal-al-Bayt et le Consortium "Une parole commune". 
Intitulé "Transformer les communautés: chrétiens et musulmans construisent un avenir commun", le colloque a abordé des questions d’intérêt commun et donné des orientations propres à favoriser la coopération entre musulmans et chrétiens à tous les niveaux, notamment par des approches d’inspiration religieuse en vue d’une action commune des croyants des deux religions.
La séance d'ouverture était présidée par le métropolite Mgr Gregorios Yohanna Ibrahim, archevêque d'Alep de l'Eglise syrienne orthodoxe d'Antioche. 
En guise d'introduction, le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, a prononcé un discours de bienvenue, un autre mot de bienvenue a également été lu par Dr Ibrahim Ali Rabu représentant de l'Association mondiale de l'appel islamique (Libye).
Le Prince Ghazi Bin Muhammad bin Talal de Jordanie et l'archevêque d'Uppsala, Anders Wejryd, étaient les deux orateurs de marque invités à parler du sujet du colloque.
"Notre théologie n'est pas la même" a déclaré le Prince Ghazi Bin Muhammad bin Talal, "mais nous sommes tous dans le même bateau."
La seconde allocution a été faite par l'archevêque d'Uppsala, Anders Wejryd, de l'Eglise de Suède. Il a affirmé que les deux grands commandements d'amour que les religions ont en commun remontent à Abraham, même si, selon lui, des personnes de différentes cultures peuvent également s'inspirer de la Déclaration universelle des droits de l'homme, "une grande réalisation et un bon élément de théologie."  
Parmi les participants, hormis le pasteur Olav Fykse Tveit (Norvège), SG du Conseil œcuménique des Eglises (COE- Suisse) et Dr Ibrahim Ali Rabu, Directeur  de l'Association mondiale de l'appel islamique (Libye), figuraient l'ayatollah Muhammad Ali Al-Tashkiri, SG de l'Assemblée mondiale pour la proximité des écoles de pensée islamiques (Iran), un  représentant de la Ligue islamique mondiale (Arabie saoudite) et des représentants de 40 pays venus des quatre coins du monde.
Aux côtés des délégués à la conférence et des diplomates conviés à la séance d'ouverture, se tenaient des représentants de communautés chrétiennes mondiales. Parmi les Eglises et organisations ecclésiales représentées lundi figuraient les traditions catholique romaine, orthodoxe, anglicane, protestante, évangélique et pentecôtiste. 
Egalement présents de Suissele pasteur Thomas Wipf, président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse et du Conseil suisse des religions, le professeur Jean-Claude Basset de la Fédération des Eglises Protestantes de Suisse, Cheikh Youssef Ibram, imam de la grande mosquée de Genève, et  Mustapha Habes représentant du comité de l'Arzillier pour le dialogue interreligieux Suisse.
Les 60 participants et invités au colloque se sont penchés tout au long des quatre journées de débats et ateliers sur trois thèmes clés dans le contexte des relations islamo-chrétiennes :

 

•    Au-delà de la majorité et de la minorité

 

•    Du conflit à la justice compatissante: construire des écologies de paix

 

•    Apprendre à surmonter: imaginer des outils éducatifs pour résoudre les problèmes

 

Deux tables rondes ont marqué la seconde matinée du colloque international "Transformer les communautés", portant sur les relations islamo-chrétiennes. Les débats ont abordé les thèmes suivants: "Au-delà de la minorité et de la majorité" et "Du conflit à la justice compatissante".
Le premier discours de la journée a été prononcé par le ministre libanais de l'Information et ex. SG du COE, Tarek Mitri. Celui-ci a exprimé l'opinion selon laquelle les discussions sur les "minorités et majorités" religieuses ont, dans le discours politique, pris l'aspect d'une "dualité stérile". 
Selon Tarek Mitri, il est plus important de reconnaître que toutes ces personnes sont des citoyens partageant la responsabilité de la vie de la nation et une obligation mutuelle d'assurer la justice pour tous. Ces propos font écho à l'appel en faveur d'une utilisation adéquate du mot "nous" dans nos sociétés, lancé par le secrétaire général du COE lors de la séance d'ouverture du colloque. 
Le professeur Mahmoud Ayoub, de la Hartford Seminary Foundation, aux Etats-Unis, a appelé les fidèles des différentes religions à "aborder nos conflits au moyen d'une justice compatissante." Dans le cas des communautés musulmanes vivant en Occident, il a évoqué le "dilemme" qui survient quand on veut élever des enfants de telle manière qu'on maintienne leur identité religieuse et culturelle traditionnelle, tout en les encourageant à "s'épanouir" dans leur pays d'accueil. 
Lors de la séance qui s'est penchée sur le cheminement "du conflit à la justice compatissante" trois intervenants se sont exprimés : Aref Ali Nayed, directeur du Centre Kalam Research & Media à Dubaï, le pasteur Kjell Magne Bondevik, ancien Premier ministre de Norvège, président du Centre d'Oslo pour la paix et les droits de la personne et président de la Commission du COE pour les affaires internationales, et Pr. Farid Esack, professeur d'études islamiques à l'Université de Johannesbourg, en Afrique du Sud.
Le Cheikh Salaheddine Mestaoui vice-président du conseil islamique tunisien, est allé en ce sens: "Je dirais que le dialogue n'est pas seulement un outil utile; c'est peut-être le seul outil permettant d'édifier de meilleures relations. C'est un outil permettant d'édifier des sociétés partagées." 
Dans son intervention finale, l’ayatollah Muhammad Ali Al-Tashkiri a indiqué que "Les chrétiens et les musulmans ont pour responsabilité commune d'apporter le meilleur de leurs ressources théologiques, spirituelles et éthiques pour contribuer à l'intérêt commun de l'humanité".
De son coté le pasteur Norvégien, Olav Fykse Tveit, SG du COE, espère que le colloque mettra en place "des moyens concrets de construire un avenir commun, afin de parvenir à des sociétés plus compatissantes et justes, fondées sur l'égalité, la co-citoyenneté et le respect mutuel", même conclusion faite par le français Eric Geoffroy, de l’université de Strasbourg.
Le dernier jour, jeudi matin, semaine des religions oblige, la Plate-forme interreligieuse de Genève a animé des séances d'orientation sur les relations interreligieuses au niveau local, à l'occasion de visites en groupe à la cathédrale Saint-Pierre de Genève (Eglise protestante). Les participants ont été accueillis par les responsables de la cathédrale à 11h, et ils ont eu droit à une présentation des lieux, à une allocution de bienvenue et à de la musique religieuse. 
En début d’après-midi les participants ont visité la grande mosquée de Genève, assisté à la prière du Dhohr, et un copieux repas leur a été offert par la communauté musulmane de Genève.
Vers 16h30 une conférence de presse a été organisée pour évoquer la déclaration commune des participants, mentionnant les terrains d'entente et formulant des recommandations pratiques ainsi que les actions concrètes auxquelles le groupe s'est mis d'accord de donner suite. 
La conférence de presse a été animée publiquement devant les medias nationaux et internationaux par deux représentants chrétiens et deux musulmans: 

 

·       Le pasteur Olav Fykse Tveit, SG du Conseil œcuménique des Eglises (COE) ;

 

·       Muhammed al-Sammak, SG du Conseil pour le dialogue islamo-chrétien au Liban ;

 

·       La pasteure Bernice Powell Jackson, présidente du COE pour l'Amérique du Nord et pasteure de l'Eglise unie du Christ (Etats-Unis) ;

 

·        Munir El-Kassem, président de l'Institut islamique pour le dialogue interreligieux, Canada.

 

En conclusion, une condamnation commune de l'attaque criminelle menée le 31 octobre dernier contre l'église Notre-Dame de Najat (Sayidat al-Nejat), à Bagdad - où au moins 58 personnes ont trouvé la mort - a été lue devant la presse.

Mustapha M. Habes

 

Source : Extraits du bulletin de l’Arzillier, n° 25, pages 25-30.